....mais un grand pas pour l'humanité. (NDLR : D'accord, ce n'est pas Pilâtre qui a prononcé cette phrase mémorable, mais Neil Armstrong le 21 juillet 1969, en posant le pied sur la Lune ; il faut avouer cependant qu'elle eut été déjà d'actualité).
Simultanément, un autre chercheur, le physicien Jacques Charles (1746 - 1823) qui a eu vent des expériences des Montgolfier cherche à les imiter. Il pense à utiliser l'hydrogène, gaz particulièrement léger découvert en 1766 par l'anglais Cavendish. Il construit, un ballon en soie de 4 mètres de diamètre, recouvert d'un enduit à base de gomme ; il le gonfle, tant bien que mal, sur le Champ de Mars et le lâche le 27 août 1783. Ce premier ballon retombe sur le sol aux environs de Gonesse, à 16 Km au nord-est de Paris, à la grande frayeur des habitants. Charles décide alors, avec la collaboration des frères Robert de construire un autre ballon pouvant emporter au moins un homme. Pour rentabiliser son affaire, il lance une souscription : ceux qui voudront être aux premières loges pour assister à l'événement sont invités à souscrire pour une somme de 4 louis.
L'appareil est une sphère de 400 m3 doté d'une nacelle en osier en forme de gondole. Le Roi interdit l'opération, mais Charles passe outre à cette interdiction et, le 1er décembre 1783 vers 13h 40, soit 10 jours après le vol de Pilâtre, il s'envole, en compagnie de Robert depuis le jardin des Tuileries pour atterrir à Nesles-la-Vallée(4). Robert ayant mis pied à terre, Charles s'envole de nouveau(5), monte à 1500m d'altitude et revient au sol une demi-heure plus tard. L'aéronautique vient de naître une deuxième fois en cette fin d'automne 1783.
Le plus surprenant, c'est que, du premier coup, Charles a inventé tout ce qui permet aux ballons sphériques de voler : le filet pour retenir la nacelle, la soupape pour libérer l'hydrogène, la manche d'échappement inférieure, l'ancre, le lest et surtout il a trouvé le verni qui assure l'étanchéité pour le gaz hydrogène, plus petite molécule de la création, qui diffuse au travers de toutes les parois.
Pour le grand public, sans doute parce que le ballon à air chaud qu'ils ont inventé porte leur nom, les frères Montgolfier restent présents dans toutes les mémoires. Il n'en est pas de même de Charles qui n'est connu que des initiés. Seuls, les anciens lycéens se rappellent qu'il était l'époux d'Elvire, l'égérie de Lamartine dans un de ses plus beaux poèmes : Le Lac. La révélation à quelqu'un de son infortune conjugale n'est jamais agréable, mais, ce n'est vraiment pas de chance qu'elle soit en plus immortalisée par un des chefs-d'œuvre de la littérature française. Que les bonnes âmes se consolent cependant, Cupidon n'était sans doute pas l'invité de marque lors de ce mariage, célébré en 1804, entre une jeune femme d'à peine vingt ans et un monsieur à l'orée de la soixantaine. Bon ! revenons à notre sujet.
Arrivé à ce point de mon récit, je devrais vous dire : " l'appareil du Musée est ... ". Hélas, il ne reste plus rien du matériel technique de l'époque, les enveloppes de toile et de papier peint, les nacelles en osier, tout a disparu à jamais. Il reste les objets d'art qui se moquent du temps qui passe. C'est ce que je vous propose de découvrir ensemble dans cette salle qui jouxte la Grande Galerie, car le Musée dispose d'une très belle collection dont la plupart des objets sont ceux que son ancien directeur, Charles Dollfus qui était, à la fois, collectionneur, historien de l'aérostation et aérostier lui-même, a rassemblés, au cours de sa vie ; à son décès, pour préserver la collection, ils ont été acquis par l'association Les Ailes Brisées et mis en dépôt au M.A.E.
Il faut dire qu'après les exploits des premiers aérostiers, une mode, dite " au ballon ", se développe comme une traînée de poudre dans tout le royaume et touche tout ce qu'il est possible d'imaginer en la matière : depuis les vêtements féminins qui prennent des formes arrondies extravagantes, jusqu'à la décoration de nombreuses pièces de faïence et de porcelaine, en passant par le mobilier et toute une profusion d'objets d'art, des plus précieux aux plus simples, sans oublier les estampes et tableaux qui rappellent l'événement. Cet engouement va durer jusqu'à la Révolution.
Sur le mur à gauche en entrant, dans une pénombre propice à la bonne conservation des couleurs, on a accroché plusieurs estampes de l'époque. Elles nous donnent de bons renseignements sur les détails de l'opération, la forme du ballon, sa décoration et la méthode qui était employée pour le gonflement initial. En effet, l'enveloppe de nos montgolfières modernes, constituée d'une matière synthétique aussi légère que résistante, est d'abord gonflée, au sol, au moyen d'un gros ventilateur ; puis, avec un brûleur au propane, l'aérostier propulse de l'air chaud à l'intérieur de la sphère qui se redresse d'elle-même. Rien de tout cela n'existait, en 1783 ; le ballon des Montgolfier était suspendu par des câbles soutenus par deux grands poteaux, au-dessus d'une estrade à l'intérieur de laquelle était allumé un feu, chargé d'effectuer le premier gonflement. Les images nous montrent aussi la fumée dense qui sort du foyer des montgolfières, montrant par-là que le combustible employé n'était pas d'une grande pureté. Par contre, l'artiste, en voulant, sans doute donner à son œuvre une impression de mouvement, a peint les ballons comme....