En Angleterre, avec les appareils qui viennent de lui être livrés, la Royal Air Force met sur pied 14 escadres. Elles ont une mission de « chasseurs/bombardiers » ou de « costal command ». La première mission de guerre est effectuée le 10 mai 1942 au dessus du territoire français. Les Mustang participent également au raid sur Dieppe le 19 août 1942 au cours duquel est homologuée la première victoire d’un P-51 sur un Focke Wolf 190. Les pilotes apprécient tout particulièrement cet avion rapide et sain, au rayon d’action considérable.
En avril 1942, Ronnie Harker, pilote d’essais de la firme Rolls Royce est invité à venir essayer en vol le Mustang. Il est enthousiasmé par ses qualités de manœuvrabilité à haute altitude et suggère de remplacer le moteur Allison par le Merlin du Spitfire.
C’est ainsi que commencent, en Angleterre, les travaux de transformation qui vont être réalisés sur cinq appareils qui sont appelés dorénavant « Mustang X ». Pour son premier vol d’essais effectué le 6 octobre 1942, le Mustang X, à l’altitude de 30.000 pieds, atteint une vitesse qui dépasse de plus de 100 Km/heure celle, jamais atteinte, par les Mustang I.
Parallèlement, North American utilisant les deux fuselages de Mustang IA restés aux Etats Unis, se lance dans les mêmes études avec des résultats aussi probants que ceux de Grande Bretagne.
L'Attaché de l’Air Américain, à Londres, le major Thomas Hitchcock, rend compte de l’événement dans des rapports dithyrambiques. Est-ce pour forcer la prise de conscience des Américains ? Toujours est-il que les Anglais prêtent deux de leurs prototypes aux autorités de la 8° Air Force pour leur permettre d’évaluer les qualités du nouvel avion. Je pense que c’est de là que vient le déclic qui va tout déclencher ; l’US Army Air Corps, alerté par un commandement opérationnel de poids, découvre l’avion de chasse capable d’escorter les « Forteresses volantes » et les « Liberator » jusqu’au cœur de l’Allemagne.
Retournons en Amérique ; début 1942, les évènements du 7 décembre 1941 à Pearl Harbor sont sans doute pour quelque chose dans une meilleure prise en compte de la situation. Au titre de la loi « Prêt-bail » qui vient d’être votée, les Américains se lancent dans la construction de 150 P-51A destinés aux Anglais et, pour eux-mêmes, de 500 A-36 « Invader » qui ne sont autres que des P-51A affublés de freins de piqués pour être des chasseurs-bombardiers. Ils sortiront en 1943 et seront principalement employés lors de l’invasion de la Sicile et de l’Italie, avant d’être remplacés par les P-47 dont on a finalement reconnu les qualités.
Octobre 1942, en découvrant le Mustang à moteur Merlin qui sera baptisé « P-51B » (pour les Anglais « Mustang III »), l’Amérique redevient l’Amérique et les choses ne vont plus traîner ; ce sont des milliers(3) de P-51 qui sortent des usines d’Ingelwood en Californie ou de Dallas au Texas. Les moteurs sont fournis par la firme Packard qui, depuis 1940, a acquis le droit de négocier, avec Rolls-Royce, la construction sous licence du « Merlin ».
Les nouveaux modèles perdent alors leur vocation quasi exclusive de chasseurs bombardiers ; ils deviennent, pour les Américains, prioritairement des chasseurs d’escorte pour les longues missions d’accompagnement des bombardiers lourds au dessus du territoire allemand.
On peut penser qu’en ce qui concerne l’évolution du Mustang, l’influence anglaise est enfin terminée ; pas tout à fait, on adopte encore la verrière du « Typhon » dite « en goutte d’eau », en anglais : « bubble Canopy » pour équiper celui qui deviendra le « P-51 D » (Mustang IV pour la RAF), l’exemplaire le plus construit de tous les Mustang.