Enfin, le jour tant espéré d'une nouvelle tentative est arrivé. Il aura fallu attendre les bonnes conditions jusqu'au 1er septembre. Cette fois, la route du nord est choisie. Le décollage est prévu très tôt le matin, mais, la brume qui stagne sur le terrain du Bourget le repousse à 9h 54 GMT. Costes utilise le régime de surpuissance, autorisé pendant 5 minutes, qui porte à 720 CV, la puissance du moteur. Malgré tout, à pleine charge, l'avion roule 46 secondes avant de quitter le sol. Il lui faut 20 minutes pour atteindre l'altitude de 600 mètres. La vitesse ascensionnelle moyenne est donc de 0,5 mètre par seconde, c'est celle qui, habituellement définit le plafond pratique des appareils. Point n'est besoin d'avoir une grande expérience aérienne pour imaginer le stress de l'équipage, la moindre baisse de régime du moteur ayant pu engendrer une catastrophe. Il faut dire que si le "Point d'Interrogation" vole bien et longtemps, il n'est qu'un piètre manœuvrier. Interrogé par P.Lissarrague, alors Directeur du Musée, Maurice Bellonte déclarait que l'avion était très lourd aux ailerons et que, pour l'incliner, il fallait, en même temps, solliciter fortement le gouvernail de direction. D'autre part, s'il était très chargé arrière au moment du décollage, . délesté de son essence, il fallait toute l'expérience de Costes pour qu'il ne passe pas sur le nez, à l'atterrissage.
Cela dit, l'avion quitte les côtes françaises vers 11h; il rencontre, bien sûr, son lot de vents contraires et de mauvais temps, mais, dans l'ensemble, tout se passe bien. À l'aide d'un sextant, Bellonte assure l'essentiel de la navigation par des visées astronomiques (il fait le point 17 fois pendant la traversée) ; mais aussi, il trafique en morse avec les paquebots qui lui donnent des relèvements. De plus, le navire météo "Jacques Cartier" le renseigne régulièrement sur les conditions atmosphériques qu'il est susceptible de rencontrer.
Le "Point d'Interrogation" atterrit à New York, sur le terrain de Curtiss Field, après 37 heures et 14 minutes de vol. une foule immense est venue l'acclamer, parmi elle : Lindbergh.
L'accueil de l'Amérique, et après elle, de la France, a été extraordinaire. Après cet exploit, Costes et Bellonte visitent les principales villes des États Unis, à commencer par Dallas qui offrait une prime de 25 000 dollars. Ce périple prend le nom de "Tour de l'Amitié".
Le 17 octobre 1930 le "Point d'Interrogation " est embarqué sur le paquebot "La France" pour regagner Le Havre. La grandiose épopée est terminée.
Et maintenant, je voudrais répondre à une question que tout le monde se pose: pourquoi le nom "Point d'Interrogation"? Costes, en exprimant une pensée d'ordre métaphysique a-t-il voulu montrer l'aspect aléatoire du destin? pas du tout; c'est beaucoup plus simple que cela et même, un petit peu sordide. Pour financer le projet, on avait fait appel à la générosité d'un sponsor; il s'appelait François Coty, parfumeur milliardaire, propriétaire du journal Le Figaro. C'est ainsi qu'aurait dû s'appeler l'appareil, comme aujourd'hui, les grands trimarans de course s'appellent Banque Populaire ou Fleury Michon, mais, à l'époque, les risques d'insuccès étaient loin d'être....