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Les carnets de l’A.A.M.A.

Les SPAD ( Jean-Paul Reynaud )
Article extrait du numéro 1118 de octobre 2005, de la revue PEGASE dans la série : "J’ai visité le Musée de l’Air et de l’Espace"
Rencontre de SPAD au Musée, ou quand le Spad VII de Guynemer survole le Spad XIII de Fonck. (J.L. Claessens)
   C'est toujours avec plaisir et une certaine émotion que je visite la Grande Galerie du Musée de l'Air et de l'Espace, mais parfois, il me vient un regret. Il existe, en effet, des avions qui restent un peu anonymes au sein des collections, alors qu'ils sont, par eux- même, des pièces d'histoire; qu'ils devraient trôner en bonne place au panthéon de l'aéronautique et qu'ils mériteraient une présentation exceptionnelle sur les lieux où ils sont exposés.

   Celui dont je veux parler est simplement suspendu au plafond, entre le Junker J.9 et le cerf-volant de Saconney. Il est placé là, avec d'autres avions de la Première Guerre mondiale, parce que c'était le meilleur endroit disponible en matière de perspective et d'aménagement des espaces. Mais, la Gloire? n'y a-t-il donc eu personne pour mettre en évidence la gloire qui est attachée à cet avion?

   Il s'agit d'un SPAD VII. Il fait partie des quelques 3.500 exemplaires de SPAD VII qui ont été construits entre 1916 et 1917. Mais celui-là est particulier, il porte le numéro 254 (photo ci-dessus) et, vers le début du mois de février 1917, il a été affecté à un certain lieutenant qui s'appelait Georges Guynemer. Il l'a baptisé du même nom qu'il a donné à tous les autres avions qu'il a piloté depuis son entrée dans l'aéronautique : " Le Vieux Charles ".

   II est bien connu qu'en temps de guerre, les progrès techniques avancent rapidement et vers la mi-juillet 1917, le Capitaine Guynemer (il avait pris un galon, entre temps) a reçu en dotation l'un des derniers SPAD nouvellement sortis d'usine. Le vieux N°254 a été remisé dans un hangar. Il avait bien mérité de....
Le "Vieux Charles" Spad VII de Georges Guynemer (J.P. Reynaud)
Georges Guynemer
....prendre un peu de repos, car pendant ces quelques mois, lui et son pilote, avaient obtenu 19 victoires dont 18 homologuées.

   Comme chacun se souvient, Georges Guynemer a été abattu le 11 septembre 1917 à Poelkapelle en Belgique (son avion était le SPAD XIII N°504 qui s'appelait lui aussi, bien sûr, " Le Vieux Charles"). Les troupes allemandes ont à peine eu le temps d'identifier la victime qu'un tir d'artillerie extrêmement nourri a dispersé les restes de l'homme et de la machine. On n'a jamais plus retrouvé le corps de Guynemer. C'est ainsi que le 19 octobre 1917, dans la cour de l'Hôtel des invalides, à Paris, les honneurs militaires qui étaient dus au pilote ont été rendus à l'appareil qui l'avait si bien transporté dans ce Ciel de Gloire que la légende retiendra.

   Le SPAD VII N°254 est resté exposé au Musée de l'Armée jusqu'en 1969. L'État Major de l'Armée de Terre, pensant alors que cette glorieuse relique de l'aéronautique devait être remise à l'Armée de l'Air, en a fait don à l'École de l'Air dont la devise : "Faire Face" est celle de Georges Guynemer. L'avion fut exposé, pendant quelques années encore, dans le hall d'Honneur de l'école des futurs officiers de l'Armée de l'Air.

   Le temps passant, l'avion avait besoin d'une sérieuse restauration. Il fut alors décidé de le confier au Musée de l'Air et de l'Espace afin que cette tache puisse être menée à bien.

   L'avion a été désentoilé ; tout ce qui était pourri ou trop corrodé a été changé; un nouvel entoilage en dralon a été posé ; mais sur ce tissu moderne solide, on a recollé la vieille toile encore intacte. Depuis 1987, il est exposé dans la Grande Galerie et les visiteurs du Musée ont donc sous les yeux, tel qu'il se présentait dans ce printemps de 1917, sur les champs de bataille où la tragédie et la gloire se mélangeaient tous les jours, l'avion sur lequel l'As le plus célèbre de l'aéronautique française a remporté le plus grand nombre de ses victoires.

   En lui-même, cet avion devrait être présenté comme un véritable monument dédié au souvenir de tous les personnels navigants de toutes les guerres qui ont combattu, ont souffert et souvent sont morts pour leur Patrie. Il mérite, n'en doutons pas, qu'une place à part soit réservée pour lui tout seul au sein des collections du Musée, aussi prestigieuses soient-elles.
Le SPAD 254 dans le Hall d’honneur de l’Ecole de l’Air (MA 6079)
Le "Vieux Charles" sur un terrain de campagne (MA 40224).
   Le deuxième SPAD en présentation est un SPAD XIII, anonyme, pris au hasard parmi les 8.000 et quelques autres sur lesquels ont volé presque tous les alliés de la Grande Guerre. Donc, en cela, on ne peut le comparer au précédent, mais il faut souligner qu'il est exposé après avoir été repeint aux couleurs de René Fonck. C'est un hommage que le Musée a voulu rendre à celui qui est, du coté français, avec 75 victoires homologuées et plus de 125 probables, l'As N° 1 de cette Guerre. Mais, cet avion particulier n'a jamais été le sien.

    Sa peinture est celle d'un des camouflages qu'arboraient les SPAD XIII en 1918; le vert du capot moteur et la cigogne au cou tendu indiquent que l'avion faisait partie de l'Escadrille SPA 103 (Guynemer faisait partie de la SPA 3 ; toutes deux faisaient partie du " Groupe des Cigognes") ; le VI rouge et l'étoile sur l'extrados de l'aile supérieure indiquent que cet appareil aurait pu être affecté à René Fonck.
 
   Il est étrange de remarquer que dans le subconscient des français, la notoriété de Fonck n'a jamais atteint l'aura que revêt la légende de Guynemer. Cela provient, sans doute de ce que Cyrano de Bergerac aurait appelé le " Panache ". Guynemer était un fonceur qui se jetait à corps perdu dans la mêlée; il a été abattu huit fois, la dernière lui étant fatale. Fonck était un excellent tireur, froid et réfléchi, qui cherchait avant tout à prendre l'ascendant sur son adversaire par la surprise, évitant ainsi de mettre en danger sa propre vie et celle du matériel qui lui était confié. Fonck a traversé toute la guerre en n'encaissant qu'une seule balle dans son appareil. Guynemer était le héros tel que le décrit Alexandre Dumas ; Fonck était simplement un soldat qui s'appliquait à remplir au mieux la mission qui lui était confiée.

   Les appareils SPAD (Société Pour l'Aéronautique et ses Dérivés) sont dus à l'ingénieur Béchereau. Ce sont, tous les deux, des biplans, monoplaces de chasse. Le type VII a été équipé de moteurs....
Baracca - Le grand As italien préférait le SPAD VII qui était plus maniable que le SPAD XIII, à basse altitude.
René Fonck.
Rickenbacker, As américain de l’Escadrille "La Fayette".
....V8 Hispano-Suiza, à refroidissement par liquide, de 150 à 180 CV (le N°254 avait un moteur de 180 CV) qui permettaient d'obtenir des vitesses de l'ordre de 180 à 190 Km/h. Le type XIII avait un moteur plus puissant de 200 à 220 CV avec lequel, outre un taux de montée supérieur, il pouvait atteindre 215 à 220 Km/h. Les dimensions des deux appareils sont presque équivalentes; le XIII est toujours "un peu plus" que le VII : envergure : 7,85 m/8,04 m ; longueur: 6, 15 m/6,30 m; hauteur: 2,20 m/2,30 m; poids total en charge: 705 Kg/820 Kg.

   Et pour finir, il faut poser la bonne question : à quoi reconnaît-on, à première vue, un SPAD VII d'un XIII?
 
   Même un non spécialiste peut voir que le VII est équipé d'une seule mitrailleuse
Vickers, calibre 0.303 pouce (7,7mm), alors que le XIII en a deux.

   Déjà plus subtil à voir ; l'ouverture de radiateur du SPAD VII est plus étroite que celle du XIII.

   Les spotters de bon niveau remarqueront que les mats qui portent le plan supérieur sont rigoureusement perpendiculaires à l'axe de l'appareil sur le SPAD VII, alors qu'ils sont légèrement inclinés vers l'avant sur le SPAD XIII.

   Enfin, il faut avoir l'œil aiguisé pour s'apercevoir que les ailes du VII sont rectangulaires cependant que celles du XIII ont les extrémités arrondies.


   Bon ! la visite continue, il y a encore beaucoup de choses à voir, dans ce Musée.


JEAN-PAUL REYNAUD
AAMA
Le SPAD XIII du Musée. (J.L. Claessens)